LES INSULTES DANS LES LANGUES EUROPEENNES



L'allemand

Insulte – un mot difficile à traduire. En allemand nous n´avons que le mot Beleidigung, qui ne couvre pas toutes les fines nuances du mot français. Cependant, même si nous ne possédons pas d´équivalent direct, il existe, comme dans toutes les langues, un tas de Beleidigungen possibles ; des petites et des grandes, des légères et des graves. Il y a les insultes convenables et celles que la bonne éducation interdit de prononcer.

Mots de provenance

Certains font allusion à d’autres pays européens; pour nous, ce ne sont naturellement pas des insultes réelles, mais ils peuvent être perçus comme tels.

En allemand, on dit par exemple que quelque chose nous «semble espagnol» - Das kommt mir spanisch vor quand cela nous paraît louche.

Ou bien on «file à la française» lorsqu’on ne veut pas se faire remarquer en quittant une réception - sich auf französisch verabschieden

Et on n’hésite pas non plus, en Allemagne, à se lancer des insultes au niveau régional. On pense aux Wessis (les Allemands de l’ouest) et aux Ossis (les Allemands de l'est) par exemple.

Preiß / Saupreiß La Bavière qui, par tradition qualifie de Preiß/ Preusen, autrement dit de «Prusse», tout ce qui se trouve au nord de sa frontière, va même jusqu’à parler plus crûment et plus méchamment de Saupreiß («cochonnerie de Prusse»).

Mots de profession

Chaque profession à droit aussi à des remarques insultantes, par exemple

Pauker (du mot «timbale») professeur
Bulle (taureau) policier

Insultes pour tous

Kamel ..................chameau
Dumme Gans........oie, pour les femmes
Blöde Ziege...........chèvre, pour les femmes
Zicke.....................chèvre, utilisé pour une femme un peu bizarre ou lunatique
Schlampe..............traînée, poufiasse
Idiot.......................valable pour tout le monde, mais en particulier pour les hommes
Banause...............ignare, c’est-à-dire quelqu’un qui ne comprend rien et n’a d’intérêt pour rien (un Kunstbanause, par exemple, ne comprend rien à l’art)

Spießbürger/ Spießer désigne un être aux valeurs bourgeoises simples, quelqu’un de bien propre sur soi, avec une petite vie bien rangée, bien ordonnée, une maisonnette avec un jardin (et des nains de jardins peut être !), un être soucieux de son confort, généralement peu ouvert aux autres et au monde.

Kleinkariert - Littéralement, cela veut dire « à petits carreaux ». Au sens figuré, quelqu’un de kleinkariert est borné.

Spécial hommes

Macho - Depuis l’émancipation de la femme, cette insulte désigne un homme très autoritaire, alors qu’au sens traditionnel, le macho était quelqu’un de très masculin.

Chauvi - Moins insultant pour un homme que macho. Le Chauvi, est un homme qui, tout en se prétendant féministe, demeure macho, ne rangeant jamais son appartement, aimant se faire apporter le petit déjeûner au lit.

Macker - La version péjorative du Chauvi (Macker est un mot allemand dérivé de Macho)

Warmduscher - Du point de vue du machiste, se faire traiter de Warmduscher, d’homme pur et dur, «en acier», est l’insulte suprême, au même titre que Softi, qui désigne un sentimental, qui voudrait plaire aux femmes.

Insultes graves

Abgedreht - Il est intéressant de constater que les jeunes ont choisi des mots inoffensifs pour les détourner en insultes graves. Tout le monde sait que abgedreht («dévissé») veut dire «complètement Normalo fou» et que le Normalo n´est autre qu’un Spießer.

Verarschen - Il existe bien sûr des insultes plus vulgaires, formées à partir du mot anglais de quatre lettres ou bien dérivées du domaine anal. Je ne vais pas les mentionner, mais il me semble intéressant de souligner que certaines d’entre elles sont devenues très médiatiques en Allemagne. En effet, le mot Arschloch («trou du cul»), désigne communément un imbécile ou quelqu´un qu´on ne peut pas supporter, et fait partie de toutes les émissions grand public. De même, jemanden verarschen («enculer quelqu’un») est une expression que, de nos jours, on peut utiliser en société.

Le non-mot de l'année (Unwörter des Jahres)

Depuis 1991 la Gesellschaft für Deutsche Sprache (Société pour la langue allemande) choisit chaque année non seulement le mot de l´année (un mot qualifiant quelque chose de positif touchant la société), mais aussi le « non-mot » de l’année, c’est à dire le mot le plus inapproprié et le plus blessant envers la dignité humaine. Les mots sélectionnés peuvent venir des domaines de la politique, de l´administration, de l´ économie ou de la technique.

Wohlstandsmüll - veut dire au sens littéral, «la poubelle de l’abondance», autrement dit tout ce que la société de consommation a produit en misère sociale.

Sozial verträgliches Frühableben - expression utilisée pour saluer un décès prématuré, parce que c’est une personne en moins que la caisse de retraite aura à prendre en charge.

Ich- AG - Ce terme, à l’origine, désignait une mesure prise par la politique de l’emploi pour inciter des chômeurs à monter leur propre entreprise. Aujourd’hui son sens a dévié, et il est plus généralement utilisé pour désigner quelqu’un d’égoïste et centré sur soi.

Hans L. Bauer, Institut Goethe


L'anglais

Il faut préciser qu'il s'agit ici de l'anglais de Grande-Bretagne, et non pas d'autres dialectes de cette langue, notamment celui des Etats-Unis d'Amérique ou celui de l'Irlande. Les Américains insultent, non comme des Anglais, mais comme les Européens et Latino-Américains émigrés qu'ils sont, et tirent leur vocabulaire de fonds comme ceux de l'Allemagne et de l'Italie notamment, qui ne sont pas celui de la Grande-Bretagne.

Ainsi, certaines préoccupations héritées de ces régions, comme par exemple l'importance de la phase anale (très germanique), le sentiment de l'honneur individuel, et l'apparente prépondérance de citoyens issus de femmes de petite vertu (très italienne), ne se répercutent pas dans les insultes britanniques, mais se retrouvent aux USA (arsehole=trou du cul, sonofabitch=fils de pute)

Préférences et performances sexuelles

Les Britanniques participent pleinement au grand manège des insultes basées sur les performances et préférences sexuelles de l'interlocuteur. Comme souvent en Europe, l'homme est insulté pour détournement de sexualité (wanker - masturbateur, sod ou bugger - sodomite, quoique la désignation en soit très atténuée) alors que la femme est plutôt accusée de trop s'y donner (bitch, slag - chienne, pute). Apparemment, réduire un individu à une partie de ses caractéristiques sexuelles réelles ou supposées est très insultant : prick (bite), et cunt (con), tous deux lancés plutôt contre les hommes.

Le plaisir peu subtil du blasphème expletif

Pays puritain (aussi bien sous le régime catholique que sous le régime protestant), la Grande-Bretagne a valorisé, dans le domaine de l'insulte et de l'imprécation, les allusions cachées à la divinité, notamment bloody, référence au corps sanglant de la divinité chrétienne (comme en français archaïque, palsambleu - par le sang de Dieu) et devenu explétif universel renforçant toute insulte.

En fait, les Britanniques, avec leur fascination puritaine pour les mots interdits (tenant surtout à Dieu et à la sexualité), utilisent des explétifs usés pour renforcer les mots simples, plutôt que d'inventer des insultes en technicolor. (Il en était autrement jusqu'au dix-huitième siècle.) Ainsi, idiot renforcé sera bloody idiot (idiot palsambleu), renforcé un peu plus fucking idiot (idiot coïteur), renforcé à la force 5 bloody fucking idiot.

En visite chez des amis, je suis invité à leur table. A-t-on essayé d'en profiter pour faire la leçon au fils sur le chapitre de la politesse ? En tout cas, cela fait long feu :
- Mum, can I have the butter ?
- Tom, what's the magic word ?
- Mum, can I have the bloody butter ?

Le gant de velours

S'il faut chercher une caractéristique vraiment britannique, c'est cependant, au niveau beaucoup moins explétif, dans l'insulte feutrée par l'ironie. Parmi les définitions du gentleman on notera celle-ci : someone who is only rude on purpose (quelqu'un qui n'insulte qu'à bon escient), et il faudrait ajouter qu'il le fait de façon tellement mesurée que la victime ne s'aperçoit pas tout de suite qu'elle a été agressée.

Ainsi, le gouvernement de John Major fut sérieusement ébranlé par la formule utilisée en plein débat parlementaire (où on ne parle des gens qu'à la troisième personne) par un député travailliste, et dont l'usage se généralisa dangereusement: The honorable member is being economical with the truth (l'honorable député - qui se trouvait être ministre de l'Intérieur - fait des économies dans le chapitre de la vérité). En somme, c'était un menteur (mais une telle accusation n'est pas permise dans la Chambre des Communes, sous peine d'exclusion temporaire).

Les listes d'injures anglaises sur la Toile comprennent presque exclusivement des formules de ce genre. Méfiez-vous donc de la petite phrase dont on se rend plus tard compte qu'elle était une insulte à retardement.

Christophe Campos, Forum des langues

L'espagnol

Les injures chez Don Quijote

Almario de embustes, falsario, (menteur),
animal,
atrevido (osé),
baja canalla (crapule),
belitre (bête),
bellaco (coquin),
bellacuelo, bergante (chenapan),
cobarde (lâche),
descompuesto, deslenguado (insolent),
depositario de mentiras, desuellacaras (fripon),
embelecador (cajoleur),
faquín (malotru),
fementido (faux cul),
follón (canaille),

gañán (rustre),
hideperro, hideputa, hijo de puta (fils de pute),
infacundo (renfermé),
infame (infâme),
ignorante,
inventor de maldades, ladrón (voleur),
majadero (imbécile),
malandrín, maldicente, maldito (maudit),
mal mirado, mentecato (sot),
monstruo de la naturaleza,
murmurador (médisant),
pazpuerca (sale),
prevaricador del buen lenguaje,
publicador de sandeces,
puto,
quimerista (chimérique),
ruin,
sacapotras (arracheur),
sandio (crétin),
silo de bellaquerías, soez, (grossier),
traidor (traître),

traidor blasfemo,
traidor escrupuloso,
vil
(bas),
villano.


Félix Blanco, Instituto Cervantes

Le finnois

‘Idiot’
Idiootti! / Dorka! / Pöljä! / Ääliö!
Älykääpiö! äly »>intelligence, « kääpiö »>nain ; nain d’intelligence)
Pässi! (bélier)
Törppö!
Juntti!

‘Salaud’
Paskiainen! paska »>merde)
Kusipää!kusi »>pisse, « pää »>tête ; tête de pisse)
Mulkero! (vient de « mulkku »>bite)

Plus raciste
Mutakuono!muta »>boue, « kuono »>gueule ; gueule de boue)

Sexiste
Huora! (pute)
Vitun homo!vittu »>chatte ; putain d’homo > aussi pour ceux qui ne sont pas
homosexuels, bien sûr)

Autres
Senkin... (espèce de)
Vellipsi! (un lèche-bottes mollasson) (« velli »>bouillie)
Räpätäti! (une femme énervée ou du moins énervante qui parle beaucoup)
Ameeba! (amibe ; un bon à rien)
Hyypiö! (olibrius)
Tumpelo! (maladroit)
Sähläri! (maladroit, gaffeur)
Possibilisti! (qqn qui n’arrête pas de dire « oui »)
Luuseri! (vient de l’anglais « loser »)

Plus élaboré
Senkin autodidakti hullu! (espèce de fou autodidacte)
Vietävän ruttolainen puoliapinan varjokuva! (ombre d’un sale lémurien pestiféré)
Halvatun psykopaatti homidi! (espèce de primate psychopathe)
Mokoma torvelo roisto! (sale crapule idiote)

Kaisa Leino, Institut finlandais

L'injure

L’injure est une éjaculation spontanée, une pénétration douloureuse qui révèle les secrets cachés d’un peuple. L’injure est masculine mais les femmes d’aujourd’hui l’ont intégrée et utilisent des stéréotypes masculins. Comme les femmes n’avaient pas droit aux décisions, elles s’en remettaient aux malédictions et déléguaient Dieu ou le destin pour intervenir à leur place. Ainsi une femme italienne peut dire :
« non mi rompere il cazzo » même si elle n’est pas dotée de cet accessoire.
Seulement en Argentine, les jeunes femmes disent parfois « se me caen las tetas » (« j’ai les seins qui me tombent » pour « j’en ai plein les pattes »).

Les injures et les blasphèmes évoluent. Il y a des injures fossiles, comme celles teintées de stupeur : « parbleu » ou le mot « traître » et ses synonymes qui ne blessent plus personne. Aujourd’hui, dans notre monde habité par la mort, par la volonté de salir, de casser et de détruire, on ne donne plus d’importance à la trahison. Ainsi en France, on a oublié qui était Ganelon (Gano di Maganza) même si tout le monde se souvient de Roland de Ronceveau.

Le sexe est souvent utilisé pour blesser, comme une arme blanche, et le sexe masculin est assimilé à la dague des Romains. Les Turcs, qui étaient experts dans le tir à l’arc, ont des expressions pour dire qu’ils lancent le sexe masculin comme une flèche pour provoquer la douleur. Mais l’esprit turc est très précis : la femme turque ne pouvant elle-même pénétrer un corps, elle le souille en le remplissant de ses déjections.

Les Musulmans, iconoclastes, ont une injure imagée. Pour dire tu es stupide, les Tunisiens dépeignent un petit tableau : « je t’ai vu sur un mur blanc enculer des fourmis noires ».

En France, l’injure est scatologique, les excréments sont servis à toutes les sauces. En France comme en Allemagne, l’allusion aux déjections est fréquente et le « cul » occupe une place importante. Dans le drame « Goetz von Berlichingen » de Goethe de 1773, un officier injurie « lecken Sie mich im Arsch », « léchez-moi dans le cul ».

Stronzo : étron = dans le sens de antipathique, odieux

En Espagne, le mot clé est « cojones » parce que ces parties sont visibles et omniprésentes, pour le bien comme pour le mal. Me tienes hasta los cojones.
« Estas gachas son màs ricas que los cojones de un fraile » (« ces beignets sont bons comme les couilles d’un moine »).

L’Iran a une particularité. La mère terrorise son enfant avec des malédictions en disant à son bébé en pleurs « que le sang de ta gorge t’étouffe !» ou même « que ta mère meure ! ».

L’injure italienne cherche le plaisir si possible. Elle ne délègue pas à un autre l’action : « va te faire… ». Dans la région de Bologne, on exige une prestation sexuelle orale « socmela » (« suce-la moi »), et ils précisent comment, « ben in punta », ou « fais moi un rigatone », c’est à dire avec les dents du bonheur.

Le clou de l’injure italienne est le mot « cazzo », le sexe masculin. Ce mot dérive du nom d’une casserole avec un manche très long.

En latin, il y avait deux mots pour le sexe de l’home : « mentula », au repos, et « fascinum » (fascination) pour le membre en érection. Le mot « cazzo » règne de nos jours à cause du culte de Priape dont le membre, bien visible, protégeait les vergers et les maisons à l’époque romaine et qui se retrouve sur les places d’aujourd’hui dans les bornes, qui en Italie, ont toutes une forme phallique. En Italie, à l’époque romaine, cette forme était très répandue : à Pompéi, les sonnettes des portes en bronze, avaient souvent une forme phallique.

Le sexe masculin, en italien, assume une signification négative : « testa di cazzo », tête de bite, ou « a cazzo di cane », travail bâclé, chose faite comme la bite d’un chien, « cazzi amari » bites amères, tu auras des problèmes. Et « rompi cazzo » signifie casse pied.

Le sexe féminin, qui est toujours négatif, est partout utilisé comme souillure. Sauf en Italie : l’Italien méprise le cul, mais il aime les fesses : « un spettacolo da culo » pour un spectacle mauvais et insignifiant, sans aucune connotation pornographique. « Fica » ou figa, selon les régions, a comme dérivation « che figa ! », qu’est-ce que c’est bien (ou beau) ou « bella figa » pour quelle belle fille. Donc il sublime le sexe féminin.

Quelques insultes italiennes

Eloignement :

Va a farti un bagno : va prendre un bain
Va ciapa’i rat : va attraper des souris (dialecte lombard)
Smamma : quitte (dégage) ta mère
Vaffan ou va fa’n culo : va jouer avec un cul

Exclamations :

Cazzo ! : sexe masculin pour « merde ! »
Perdindirindina, da per Diana : exclamation obsolète

Racisme :

Terrone : pour Italien du sud
Polentone : pour Italien du nord
Frocio : homosexuel masculin
A chillo piace u tiro ‘n porta : celui-là, il aime qu’on tire au but, euphémisme napolitain pour dire homosexuel masculin
Fell ‘e pastiera : tranche de gâteau , napolitain, à la ricotta et fleur d’oranger pour lesbienne
C’hai le pigne in testa : tu as des pommes de pin dans la tête
Cafone : plouc

Insultes modernes :

Te rompo la rotula e me faccio un mouse : je te casse la rotule et je m’en fais une souris
Prima te clono, poi meno a te, e pure a quell’altro : d’abord je te clone, ensuite je te fous une bonne raclée, à toi et à l’autre

Insultes sportives :

Dans les stades de football apparaissent des pancartes, ainsi à Vérone, contre les siciliens :

Forza Etna ! : vas-y Etna !
Et la semaine suivante, la réponse des Siciliens aux Véronais :
Giuletta è ‘na zoccola, Juliette est une poufiasse !

Fiora Gandolfi, Centre de langue et culture italienne

Le néerlandais

Insultes du premier et second degré

Mafkees : imbécile, cinglé (maf = loufoque / Kees : prénom)
Domkop : andouille (dom = bête / kop = tête, bouille)
Oliebol: croûton (oliebol = friandise : genre de beignet frit à l’huile)
Oelewapper : nouille, marsupiau
Droplul : salaud, connard (droplul = pine de réglisse)
Rotzak : peau de vache (rot = vilain, pourriture / zak = couilles)
Kutwijf : conasse (kut = vagin / wijf = bonne femme)
Flikker : pédé
Kankerhoer : pute de cancer

Krijg de k(o)lere! : va te faire mettre (attrape le choléra)
Rot toch op, mierenneuker! : fiche le camp, enculeur de mouches ! (mierenneuker = enculeur de fourmis)
(Ga) de pot op, kankerlijer!: va te faire foutre, fumier ! (je t’emmerde, espèce de malade du cancer)
Wie denk je wel dat je bent: pestpokkepleurislijer! : tu te prends pour qui : enculé !
(espèce de malade de la peste, variole et phtisie)

Ineke Paupert, Institut néerlandais

Le portugais

Il y a dans la langue portugaise une grande faculté à user de métaphores, et les expressions idiomatiques sont extrêmement imagées. Cette faculté est naturellement transposée dans les insultes et les jurons et ce que les enfants appellent "les gros mots".

Peuple maritime, peuple agricole, les Portugais font donc appel à leurs profondes racines géoculturelles pour les expressions de l'insulte ou du juron. Détenteurs d'un empire de cinq siècles en Afrique et en Inde et de quatre siècles au Brésil, quelques expressions héritées de cet autre environnement géo-culturel entrent dans le vocabulaire portugais. Actuellement, la complexité du mélange de populations venues des anciennes colonies africaines et d'une culture télévisuelle violente à l'américaine font entrer dans la langage "vulgaire" portugais tout un chapelet de nouvelles expressions nées de ce "métissage". Enfin, il est à remarquer que l'insulte qui fait appel au sexe ou aux organes génitaux est plutôt masculine en portugais alors qu'elle est plutôt féminine en français.

L'environnement quotidien est un vivier de métaphores. Le potager : "Vai à fava" (va voir les fèves = fous le camp).

Les habitudes des lieux coloniaux : "levas nas trombas" (on va te cogner la trompe = cogner la gueule).

Le juron ou l'insulte à caractère sexuel. "caralho!" (bite, alors qu'en France on se serait exclamé : "putain!")
"esfrego-te o focinho" (je te casse la gueule)
"vai-te lixar" (va te faire voir)
"vai pró caralho" (pas de traduction directe équivalente, mais dans le sens de va te faire foutre)
"vai te foder" (au sens propre de va te faire foutre)
"vai p'ra puta que te pariu!" (va voir ta putain de mère)
"chiça!" (merde! ou zut!)
"porra!" (étymologiquement lié à sperme, au fond, merde!)
"filho(a) da mãe" (salaud, salope)
"filho(a) da puta!" (salaud, salope, en plus violent)
"cabrão" (salaud, connard, t'es vache, et son éventuel équivalent féminin - "cabra")
"sacana" (encore un autre mot pour salaud, quelqu'un qui pose des peaux de banane)
"és um merda" (tu vaux rien, un moins que rien)
"és uma besta" (tu es une brute, stupide)
"paneleiro" (pédé)

Pierre Léglise-Costa, février 2005


Le suédois

La tradition suédoise des insultes est relativement pauvre, peut être parce que les questions d'honneur ont moins d'importance et que, par conséquent, les insultes ont moins d'impact. Les insultes et gros mots suédois sont traditionnellement moins sexuels et sont surtout liés à la religion, au diable et à l'enfer. Avec l'influence des immigrés sur la langue suédoise depuis une vingtaine d'années, les domaines d'inspiration pour ce genre de vocabulaire changent néanmoins et on commence à retrouver de nouveaux genres d'insultes plus proches de celles qu'on trouve autour de la Méditerranée . Malheureusement il y aussi des insultes impliquant des valeurs nettement plus sexistes et racistes qui deviennent de plus en plus courants, par exemple "din morsa... = "ta mère...", "hora"=pute et "bög" = pédé etc. Nous préférons ne pas mettre ces mots dans la liste car bien que les insultes soient dites pour déranger, nous pensons qu'il existe d'autres façons, plus créatives d'utiliser la langue, même dans les insultes...

Dra åt skogen = Va-t-en [litt. Tire-toi, au bois!]
Dra dit pepparn växer = Va-t-en [litt. Tire toi, là où pousse le poivre! - allusion aux pays chauds... trop chauds pour quelqu'un du Nord]
Ta dig i brasan / Ta dig i häcken! = Tu parles! [Litt. Mets ta main au feu = au cul / Mets ta main à la haie= au cul]
Skitstövel = Salaud [litt. Botte de merde]
Fähund = brute, goujat [litt. chien-bétail]
Ungjävel = sale môme[litt. jeune diable]
Gubbjävel = Vieux schnock [litt. vieux diable]
Kärringjävel = vieille harpie [litt. vieille diablesse]
Satkärring = vieille harpie [litt. vieille diablesse]
Din jävla förbannade... = espèce de... [toi, tu es un satané, maudit...]
Mullig mansgris = phallocrate [litt. gros porc mâle] à comparer avec l'expression anglaise : male chauvinist pig
Snåljåp = rapiat

Snuskgubbe = vieux pervers
Torsk = client des prostituées [litt. cabillaud]
Slyna = femme vulgaire et peu fiable / prostituée

Exemples de "créations" plus récentes mais qui restent individuelles et originales :

Jag ser att du har Van Goghs musiköra = Je vois que tu as l'oreille musicale de Van Gogh.
Det är okej att vara blåst men du behöver inte gå till överdrift = J'accepte que tu sois bête [litt. soufflé] mais ce n'est pas la peine d'exagérer.]
Du är så ful att du aldrig lär bli rånad = Tu es tellement moche que tu ne risquerais jamais d'être victime d'un hold-up .
Var dina föräldrar syskon? = Je suppose que tes parents étaient frère et soeur...
Du är så dum att du inte kan hälla sand ur en träsko även om det finns instruktioner under klacken
. = Tu es tellement bête que tu ne saurais enlever du sable rentré dans un sabot, même avec les instructions écrites sur le talon.
Jag skulle gärna slå ihjäl dig, men jag är djurvän. = J'aurais envie de te tuer mais je suis membre de la SPA [litt. l'ami des animaux].
Du är ett levande bevis på att Gud gör missar. = Tu es la preuve vivante que Dieu commet des erreurs.

Maria Ridelberg-Lemoine, Centre culturel suédois

Le français

Le français n'était pas représenté dans ce catalogue d'injures, mais nous lui avons laissé le dernier mot sous la forme d'un texte théâtral extrait de La Guerre de Troie n'aura pas lieu de Jean Giraudoux, où on voit que l'insulte rituelle n'est pas forcément la meilleure.

Démokos, poète officiel et cocardier de Troie, propose d'inventer un nouveau chant de guerre pour le conflit avec les Grecs, qui semble imminent.

Le Géomètre :Il y a plus pressé que le chant de guerre, beaucoup plus pressé !

Démokos :Tu veux dire les médailles, les fausses nouvelles ?

Le Géomètre Je veux dire les épithètes.

Démokos : Les épithètes ?

Le Géomètre : Avant de se lancer leurs javelots, les guerriers grecs se lancent des épithètes. Cousin de crapaud ! se crient-ils. Fils de bœuf ! Ils s'insultent, quoi. Ils savent que le corps est plus vulnérable quand l'amour-propre est à vif. Des guerriers connus pour leur sang-froid le perdent illico quand on les traite de verrues ou de corps thyroïdes. Nous autres Troyens, nous manquons terriblement d'épithètes.

Démokos : Le Géomètre a raison. Nous sommes vraiment les seuls à ne pas insulter nos adversaires avant de les tuer.

Le Géomètre : Si nos soldats ne sont pas au moins à égalité dans le combat d'épithètes, ils perdront tout goût à l'insulte, à la calomnie, et par suite immanquablement à la guerre.

Démokos : Adopté ! Nous leur organiserons un concours d'épithètes improvisées dès maintenant. Allons, Géomètre, mets-toi en face de moi. Compte dix pas... J'y suis... Commence.

Le Géomètre : Vieux parasite ! Poète aux pieds sales !

Démokos : Une seconde... SI tu faisais précéder les épithètes du nom, pour éviter les méprises...

Le Géomètre : En effet, tu as raison. Démokos ! Œil de veau ! Arbre à pellicules !

Démokos : C'est grammaticalement correct mais bien naïf. En quoi le fait d'être appelé arbre à pellicules peut-il me faire monter l'écume aux lèvres et me pousser à tuer ! Arbre à pellicules est complètement inopérant.

Le Géomètre : Je t'appelle aussi Œil de veau.

Démokos : Œil de veau est un peu mieux.... Mais tu vois comment tu patauges. Cherche donc ce qui peut m'atteindre. Quels sont mes défauts, à ton avis ?

Le Géomètre : Tu es lâche, ton haleine est fétide, et tu n'as aucun talent.

Démokos : Tu veux une gifle ?

adapté de La Guerre de Troie n'aura pas lieu (Giraudoux, 1936)